Tag Archives: foi

Bilan de mi-parcours

23 Oct

1383266_10202438341423019_227443169_n

Cela fait maintenant deux mois que je vis en Corée du sud. Je suis exactement à la moitié de mon parcours. Dans deux mois, je serais revenue en France, je reprendrais mes marques dans ce pays qui est mien et la Corée sera devenue un souvenir… Mais quel souvenir. Quand je regarde en arrière, j’ai l’impression que le temps est passé tellement vite tout en ayant la sensation d’être là depuis mille ans. Et quand je regarde devant, j’ai l’impression que je n’arriverais jamais au 22 décembre, date de mon retour. Je n’arrive pas à me dire que le temps passe trop vite… Juste que le temps passe.

Je me rends compte du chemin parcouru… Je me rappelle de mon arrivée à l’aéroport comme un vague souvenir, des deux étudiants essayant de me parler en anglais… et ce sentiment d’être totalement bilingue alors qu’il n’en était rien. Je me souviens de l’angoisse ressentie en me réveillant après avoir posé la tête sur mon bureau, le sentiment lors de mes premiers pas dans la ville… Cette rue me paraissait tellement sombre, tellement étrangère et récalcitrante à ma venue… Alors qu’aujourd’hui j’aime passer devant le magasin de poulet frit et saluer l’ajhumma qui m’appelle la princesse de l’ouest, dire bonjour à l’almeoni qui tient un magasin de tricot et qui m’a tricoté un gilet parce qu’elle me trouve si jolie. Le supermarché et ses articles ne sont plus inconnus… et j’ose aller plus loin seule, aller plus loin et découvrir… En me disant, si je me perds, je reviens en arrière !

J’aime prendre le bus, voir la ville qui vit, qui respire… Le vent, l’air frais… la chaleur me manque déjà, Séoul n’est plus la même depuis que le froid s’est installé, mais je la découvre autrement.

Je me souviens de ce jour où assise dans une bus, j’ai vu le drapeau coréen flotter au loin…. Ce n’était pas le premier mais c’est le premier que j’ai remarqué. Son mouvement dans le ciel ressemblant à une danse avec l’air de kpop en fond… les notes virevoltant autour de moi, s’agrippant à moi… Ce sentiment si fort qui a définitivement transformé mon regard sur ce pays. Je suis passée d’une vision édulcorée à la réalité… avec ses bons côtés, mais aussi ses mauvais.

Parce que la Corée n’est pas non plus un pays où il n’y a que les petits pingouins aux grands yeux ronds qui vivent…  . Tout n’est pas beau et rose !

2

Vivre ici est difficile et pour plusieurs raisons :

Déjà parce que c’est la première fois que je pars si loin, seule. Vivre loin des gens que l’on aime est difficile et parfois quand j’entends mes amis parler de la soirée qu’ils ont eu la veille alors que je travaillais à la bibliothèque, mon cœur se sert et je me dis que finalement en France, c’est mieux. Vivre dans une chambre de 9mètre carré à deux avec une personne totalement différente et ne pas avoir d’espace privé où l’on peut se retrancher en cas de coups durs porte des coups au moral…

Le décalage horaire également, savoir que l’on est toujours en avance… quand le début d’après midi commence en France, je vais me coucher… Parfois, je me sens perdue entre les deux… Je ne sais plus quel heure il est et ce que je dois faire… Parfois, je regrette les 600 km qui me sépare de chez moi entre Paris et Thonon…

Mais aussi parce que je vis dans un pays, bien qu’industrialisé et plus que développé, tout reste totalement différent… Cela va de petites choses comme cette manie de caser des haricots rouges partout (ça ressemble tellement au chocolat sur les photos!), les personnes âgées qui estiment qu’ils sont les rois et te poussent sans cesse sans s’excuser…

Et tout simplement, sentir que de toute façon, tu es toujours une étrangère ! Bien que j’essaie de m’exprimer en coréen, je n’ai pas le faciès ni l’attitude asiatique, et je ressens cette ségrégation et même le mépris du fait que « je suis une fille de l’ouest »…Tout simplement, prendre conscience du privilège que nous avons en tant qu’Européen… grâce à cet élément qui « coule dans nos veines », nous sommes de fait des êtres privilégiés… capable d’aller partout dans le monde, réputés pour être intelligent et cultivé…

En venant ici, je pensais que ma vie serait totalement différente… un peu un mélange entre drama coréen et série américaine. Pas de temps mort, pas de coups de blues où légèrement… Arriver à la fin du séjour en me disant que tout était « awesome » et revenir en idolâtrant la Corée. Peut-être l’ai je suffisamment idolâtré auparavant car aujourd’hui quand je pense à ce pays, je ne dirais pas que c’est un pays fantastique, incroyable et génial… Mais je peux dire que c’est un pays qui a su s’élevé à une vitesse incroyable, où la compétition est toujours de mise… On cherche à être meilleur, à avoir une meilleure vie, un meilleur statut social, tout est bon pour aller toujours plus haut… Tout avoir à la pointe de la technologie au point de laisser pour compte les plus démunis. Je ne suis pas sûre que les gens soient vraiment heureux pourtant, ils ne le montreront pas…

C’est un pays qui accorde beaucoup d’importance aux apparences… Les mères n’hésitent pas à offrir de la chirurgie esthétique au 18ème anniversaire de leur fille pour les assurer de trouver un bon mari… Ici, la plupart des vêtements sont en taille unique, parce que tout le monde fait la même taille… les coréens sont les plus gros consommateurs de cosmétiques au monde… Et avant d’être intelligent, il vaut mieux être beau/belle, selon les critères de beauté coréens…

C’est un pays qui oscille entre modernité et tradition… Aujourd’hui c’est le sport day à Hanshin… Il y a plusieurs compétitions sportives sur des rythmes de kpop… pourtant la séance d’ouverture s’est faite avec une marche des tambours traditionnelles… Le plus surprenant, c’est qu’ici tout le monde semble maitriser l’art du tambour en rythme ! C’est pareil quand je me balade dans les palais anciens, à l’intérieur, nous sommes à l’ère de Joseon. Mais en levant le nez, nous pouvons voir les télés géantes sur les immenses building.

Etre ici m’apprend énormément sur moi… Je me rends compte que j’ai été capable de partir, je suis capable de m’adapter tant bien que mal et il m’est plutôt facile maintenant d’osciller entre les 3 langues… français, anglais et coréen. Mais je vois encore tout le chemin à parcourir… tous les petits points sur lesquels je bute souvent… Vivre ici, ne m’est pas facile et souvent, j’aimerais déjà être revenue. Même si les cours sont intéressant, et que c’est un pays très chrétien. Souvent j’angoisse sur mon cursus, je me demande si je vais pouvoir valider ce semestre, si je ne vais pas devoir prendre encore une année supplémentaire… Il m’est difficile d’aller à l’église, mais je crois que j’en parlerais plus longuement… Mais finalement je me rends compte que je ne suis pas fixé sur les bonnes choses… soit je regarde le poteau qui est à 100 mètres en me disant, je vais me le prendre dans la figure, soit je regarde le guidon et je ne vois pas autour… J’anticipe trop, je suis trop dans le « et après » (très bonne idée de titre pour Marc Lévy… je pourrais lui suggérer!) Voilà une chose que je dois apprendre, être dans le « maintenant ». Profiter de cette expérience sans penser à demain. Aller étape par étape…

Il y a un endroit à Séoul que j’aime beaucoup, c’est la rivière intérieur… C’est un ruisseau de 5 kilomètres de long je crois qui a été rénové il y a quelques années sur une ancienne ligne de chemin de fer… Les amoureux aiment s’y promener, les sportifs y courir… et moi j’aime venir voir tout ça… Et tout le long, on peut passer d’un côté à un autre par le moyen de petit rocher dans l’eau… Je me dis que mon chemin ici est le même… Je suis arrivée il y a deux mois, maintenant je suis au beau milieu et il faut que j’arrive de l’autre côté… Mais si je fais un grand bon pour atteindre la rive, j’ai de forte chance pour me casser la figure dans l’eau et finir trempée. Je dois donc avancer rocher par rocher, petit à petit, tout en profitant de ce paysage magnifique qui m’entoure.

28.09.2013

Et puis finalement, ce pays qui m’avait fait tourné la tête au départ, m’a remis les idées en place. Ainsi petit à petit, il m’apprivoise… se rend plus fort et plus présent dans mon cœur. Me montre ses petits trésors, mais aussi ses failles et ses faiblesses… Timidement j’avance dans ce pays, timidement je viens à lui et je le découvre. Ne l’érigeant plus au rang de Super pays mais tout simplement en tant que pays cher à mon cœur. J’aime ce pays, j’aime son histoire et même si parfois cela m’agace prodigieusement, j’aime ses failles… et sa dureté.

Il me reste encore deux mois, et je n’arrive pas à me dire seulement deux mois, je n’arrive pas à m’empêcher de trouver le temps long… mais je veux en profiter parce qu’au fond, je sais que la Corée sera toujours un endroit spéciale, je sais que je voudrais toujours y revenir encore et encore… et je sais qu’à peine rentrée, j’aurais l’impression d’avoir rêvé ces quelques mois et aussi que surement à l’aéroport je me dirais : déjà ?

;

;

;

;

;

« Béni soit le nom de Dieu, depuis toujours et pour toujours! (…) C’est lui qui change les temps et circonstances (…) C’est lui qui révèle ce qui est profond et caché, qui connait ce qui est dans les ténèbres, et la lumière demeure avec lui. » Daniel 2,20-22.

Publicités

Je suis timide…

21 Oct

Merci à tous pour vos petits messages qui me réconfortent beaucoup… Je continue dans les confidences aujourd’hui…

 

timiden2

Avant de partir, je me disais que j’allais tout mitrailler de photo. Mais finalement, je me rends compte que ce n’est pas chose aisé. Bien souvent, je vois des choses que j’aimerais photographier, mais il est déjà trop tard. Comme cet écureuil croisé en montagne, le temps que je réalise qu’il était là me regardant, que je sorte mon appareil, le pointe sur lui… Il avait déjà fui et je me retrouvais pantoise sans sujet à photographier.

 

 

Mais le plus dur en réalité c’est que bien souvent je n’ose pas. J’ai peur que les gens n’acceptent pas d’être pris en photo et me courent après pour que j’efface mon cliché. Et je me rends compte que ma timidité s’est déplacé. Ici, je parle tout le temps en anglais, et bien souvent je me surprends moi même à aller spontanément parler aux gens, toute forme d’inhibition disparue, comme avec ce coréen rencontré à la guest house de Bérengère où j’ai facilement noué le contact, plaisanté et échangé. Il m’a même proposé de me faire visiter sa ville si je prévois d’y aller. Je vivais la situation et en même temps je me regardais de loin et me disait : « mais qu’est c’que tu nous fais… »

 

Du coup, ce côté réservée s’est déplacé sur mes clichés. Je prends mon appareil fébrilement, prenant les photos furtivement presque coupable de les prendre. Comme si j’étais en train de commettre une bêtise. J’aimerais essayer d’être moins timide avec mes clichées, plus déterminé… je vais essayer.

 

 

Mais il y a des endroits où je ne peux pas. Les autres étudiants internationaux ne comprennent pas ce blocage. Quand je suis à l’église, je ne peux pas prendre de photos, même si parfois j’aimerais. Pour moi, ce n’est pas possible… C’est comme si je m’extrayais du moment pour n’en devenir qu’observatrice. Je peux faire cela lors d’un spectacle, lors de balade. C’est parfois même agréable, mais lors d’un culte je ne peux pas. Je n’arrive déjà pas à comprendre la liturgie, le sens et les mots. La seule chose que je peux offrir à Dieu dans ces moments là, c’est ma présence à lui, alors prendre des photos reviendraient pour moi à dire, je suis ici comme à un festival, je ne peux tout simplement pas. Je suis désolée donc, car je ne pense pas que vous verrez des clichés des églises coréennes, je pourrais partager avec vous mes impressions uniquement. Mais finalement, peut-être est ce mon éducation réformée qui ressort et une part de moi, pense encore que la foi est quelque chose qui se vit avant tout personnellement… l’absence de photo est donc la forme visible de cette idée.

31.05.2013